Joker, clown triste et héraut impitoyable de la violence sociale de l’époque
Joker, le long-métrage réalisé par Todd Phillips (metteur en scène de Starsky et Hutch et de la trilogie Very Bad Trip) sort dans les salles françaises ce mercredi 09 octobre. Et a particulièrement marqué la critique lors de son passage au festival de Venise en septembre dernier. Il en est ressorti avec la récompense suprême : le Lion d’or. Lors de cette projection à la Mostra de Venise, Joker a été salué par huit minutes de standing ovation.
Non, ce Joker ne s’inscrit pas dans le DC Extended Universe. Il s’agit bien d’un long métrage indépendant. Todd Phillips a même proposé à Warner la création du label DC Black, regroupant les futurs films qui suivront ce mode de production. Celle-ci pourrait dépendre du succès de Joker.
« Joker », personnage angoissant
Joker raconte l’histoire d’un basculement. Méprisé par la société, Arthur Fleck est un homme brisé qui va peu à peu se transformer en Joker… meurtrier sanguinaire caractérisé par son maquillage de clown et son rire dément. C’est un souffre-douleur absolu, humoriste raté, psychotique bientôt psychopathe, vivant avec sa mère dans les marges d’un Gotham City. Façon New York du début des années 80 et de l’ère Reagan : inégalités et précarité urbaine, fermeture du service qui le suivait ainsi que révélations sur sa véritable origine mènent à l’aggravation de son état mental. Et donne naissance au personnage du Joker, tel que la tradition le connaissait jusqu’ici.
« Joker », suscite l’inquiétude
Depuis début septembre, Joker de Todd Phillips fait l’objet d’une controverse aux Etats-Unis. Autour de l’inquiétude quant à l’impact du film sur le taux d’actes violents commis sur le territoire américain. En effet, critiques et citoyens craignent que le film, qui a battu un record de fréquentation pour un mois d’octobre en engrangeant 96 millions de dollars le week-end passé lors de sa sortie aux Etats-Unis, n’ait une mauvaise influence sur les spectateurs. Et qu’il ne déclenche une vague de violences.
Ce à quoi, Michael Moore, le scénariste américain auteur de Bowling for Columbine, sur la fusillade de Columbine en 1999, Fahrenheit 9/11, sur le 11 septembre ou de Sicko, sur le système de santé américain, a publié sur son compte Facebook un long message afin de défendre Joker. Un « chef-d’œuvre du cinéma, dans la lignée des films de Stanley Kubrick » écrit-il notamment.
“On nous a laissé entendre que c’est violent et pervers et moralement corrompu – une incitation et une célébration du meurtre. On nous a laissé entendre que la police serait présente à toutes les projections ce week-end en cas de ‘trouble’. Notre pays est plongé dans le désespoir, notre constitution est bafouée, un maniaque dévoyé originaire du Queens a accès aux codes nucléaires – mais pour une étrange raison, c’est d’un film qu’on devrait avoir peur. »
« Je suggérerais l’inverse : c’est de NE PAS aller voir ce film qui représenterait un grand danger pour la société. Parce que l’histoire qu’il raconte et les problèmes qu’il soulève sont si sérieux, si nécessaires, que si l’on ignore cette géniale œuvre d’art, on passera à côté du cadeau qu’elle nous fait en nous servant de miroir. Certes, il y a un clown désorienté dans ce miroir, mais il n’est pas seul – nous nous tenons juste à côté de lui.”
« Joker », une expérience cinématographique intense
Trailer
Alors que l’on célèbre les 80 ans de l’homme chauve-souris, c’est son ennemi de toujours qui débarque. Avec une esthétique de type Taxi Driver, une violence sans fioritures digne d’Orange Mécanique, Joker marque déjà les esprits. En particulier, celui des spectateurs qui ne s’attendaient pas à une expérience cinématographique aussi intense. Pourtant, Joker est classé « Restricted » aux États-Unis, demandant aux enfants de moins de 17 ans d’être accompagnés d’un adulte. C’est d’ailleurs le quatrième meilleur démarrage pour un film classé « R » aux Etats-Unis. En France, le film Joker est interdit en salles aux spectateurs de moins de 12 ans. Et les cinémas comme Pathé Gaumont indiquent que « le climat anxiogène permanent et les scènes réalistes d’un parcours de folie meurtrière sont susceptibles de heurter un public sensible ». Au moins, vous êtes prévenus.

